« Industrialiser un objet comme la Slate en si peu de temps, c’est un truc de fou ! »

A la tête de Chedal Anglay design studio et directeur artistique de Petzl, Christophe Chedal Anglay apporte à iskn 25 années d’expérience dans le design de produits techniques haut de gamme et son précieux réseau d’entreprises partenaires. Nous nous sommes retrouvés à  Grenoble, le 6 juillet 2015, pour une longue discussion sur la naissance de la Slate et sa collaboration avec iskn. Deuxième partie de notre entretien (si vous avez raté la première, elle est ici)

Une contrainte technique, c’est un problème ou un atout pour un designer ?

Une contrainte, c’est une contrainte. Ça ne fait qu’exister, c’est là. Il n’y a pas de question à se poser : c’est là, que ce soit légitime ou pas. On peut toujours re-questionner le cahier des charges mais il arrive un moment où il faut dire stop et faire. Il faut travailler avec si on veut sortir le produit en temps voulu, sachant que pour la Slate, il s’est écoulé seulement 14 mois entre le premier Christophe Chedal Anglay - citation 5dessin et l’expédition du produit aux backers. Pour toutes les entreprises avec lesquelles je travaille, c’est trois ans pour sortir un produit ! Les aspects juridiques et de protection des brevets nous ont plus retardés que l’industrialisation pure et dure. Mais industrialiser un objet comme celui-là en si peu de temps, c’est un truc de fou ! Ce qui a aidé, c’est le fait que j’aie 25 ans de design derrière moi, avec toujours une appétence pour savoir comment on va réaliser les choses. Le design, ce n’est pas juste donner une forme et dessiner l’usage d’un objet, c’est aussi le réaliser, le faire fabriquer. Cela fait partie de l’essence de notre métier et, dans ce domaine, j’ai une grande expérience avec plein d’entreprises. Donc j’ai pu mettre iskn en relation avec tout mon réseau et l’équipe a été aussi très active pour aller chercher les bonnes personnes aux bons endroits.

Christophe et Tristan (co-fondateur d'iskn) en pleine réunion

Christophe et Tristan (co-fondateur d’iskn) en pleine réunion technique

Quid du design du stylo ?

Le stylo a lui aussi une grande importance parce qu’il dessine autant la marque que la Slate proprement dite. Parce que là, au passage, on a aussi créé une marque avec ses attributs, son langage de forme, ses valeurs de marque, dont l’évocation d’une écriture de qualité. Le stylo articule une section carrée qui est celle du carré Conté, instrument traditionnel de dessin français, avec une section circulaire de stylo classique. Christophe Chedal Anglay - citation 6On part du carré Conté pour arriver à la bague circulaire qui est une contrainte puisque c’est l’aimant et que celui-ci ne peut être que circulaire. Les proportions sont étranges : il est volontairement très long pour faire penser à un porte-plume, évoquer la qualité de dessin et intégrer une autre contrainte : la distance entre l’anneau et la pointe du stylo qui était une donnée technique, d’où le capuchon assez court. Cela donne quelque chose de nouveau sans pour autant rompre avec l’essence du geste d’écrire qui est culturellement très ancré, très chargé : L’être humain qui écrit, c’est tout de même le début de la civilisation ! Et en même temps on est à la pointe de la très haute technologie.

The iskn pen

Pourquoi avez-vous dit oui à iskn ?

On s’est connu quand j’étais responsable d’une école de design au sein du CEA de Grenoble. J’étais responsable de l’atelier de projets et l’équipe d’iskn était dans le même lieu. Bref, nous évoluions dans le même périmètre. Quand ils m’ont parlé de leur projet, j’ai vu le potentiel de la technologie, leur enthousiasme aussi. Je savais que je pouvais leur apporter beaucoup au niveau des process. En fait, avec iskn, je n’ai pas réfléchi cinq minutes :Christophe Chedal Anglay - citation 7 il était évident qu’on était sur la même longueur d’onde et qu’on devait travailler ensemble. Quand on a initié quelque chose avec une start-up, on peut se demander si l’énergie qu’on déploie pour elle en vaut la peine ? En tant que designer, j’ai la chance d’avoir énormément de sollicitations et, comme il faut toujours faire des choix, à un moment, je me suis posé cette question pour iskn. Ça n’a pas duré : quand j’ai vu l’énergie que déployait toute l’équipe pour faire réussir cette entreprise et la vitesse à laquelle on avançait, la réponse s’est imposée.

Quand considérez-vous que votre travail de designer est terminé ?

La réponse est super facile : ce n’est jamais fini ! Parce qu’il y a toujours mieux à faire. Si je dis que ce n’est jamais fini, c’est parce que, une fois qu’un objet existe, on en a des retours et j’ai toujours accepté d’entendre que tout n’est pas parfait, que tout peut être amélioré. Sinon je ne ferais pas ce métier ! Tout est une question de contexte. Christophe Chedal Anglay - citation 8On a dessiné une première version de la Slate dans la perspective du sketchnoting et du Kickstarter, dans des conditions industrielles particulières. On l’a ensuite fait évoluer pour qu’elle corresponde plus largement aux besoins des créatifs : designers, graphistes, illustrateurs, etc.

Je suis fier de ce qu’on a fait : l’objet tient la route et je n’ai rien envie de redessiner sur cet objet-là. Il doit maintenant raffiner sa vie industrielle, c’est la suite logique et normale de l’histoire. On a installé l’ADN de la marque, ses codes, toutes ces choses qui font son identité. Mais le travail de design continue : on est en train de développer les packagings et des accessoires qui vont enrichir l’expérience des utilisateurs, en particulier des bagues qui vont permettre d’utiliser la Slate avec toute une gamme de crayons et de stylos. Non seulement l’histoire n’est pas terminée mais je pense qu’avec iskn, tout est réuni pour qu’elle dure longtemps !